Rédigé par Solène Mahé, éleveuse à Plouisy (Côtes-d’Armor) · publié le 19 novembre 2026 · mis à jour le même jour
Chaque année, des familles perdent plusieurs centaines d’euros pour un chiot qui n’a jamais existé, ou plus rarement un chiot qui existe mais n’est pas celui qu’on leur a promis. Nous écrivons cet article parce que nos futurs adoptants nous demandent souvent comment éviter ce piège, et parce que le sujet touche notre métier. Notre seul but : vous donner les vérifications simples qui font gagner du temps et de l’argent.
Le scénario qui revient presque toujours
Les récits de victimes se ressemblent beaucoup. Les détails changent, la mécanique reste la même.
Une annonce trop belle
Un chiot de race recherchée, à un prix très inférieur à celui du marché, avec de jolies photos et un récit touchant (le propriétaire doit partir à l’étranger, le chiot « doit trouver une famille »).
Une conversation qui glisse
Le vendeur propose de passer par WhatsApp ou par mail, ne répond pas aux questions précises, évite le téléphone, la visite ou la visio.
Un acompte « pour bloquer le chiot »
Il réclame un virement, un mandat ou des cartes prépayées pour « réserver », avec un argument d’urgence : d’autres acheteurs attendent.
Un « transporteur » ou un « service douane »
Le chiot doit voyager : un pseudo-transporteur réclame des frais de cage, d’assurance, de vaccin, de papiers ou de dédouanement, de plus en plus élevés.
Le silence
Une fois les paiements faits, le vendeur disparaît, ou en redemande encore. Le chiot, lui, n’arrive jamais.
La Douane française a d’ailleurs publié en août 2025 une alerte sur une variante : après un achat de chiots sur un réseau social, l’acheteur reçoit un message disant que le chien est « bloqué en douane » à cause d’une cage non conforme, et qu’il doit payer pour le débloquer. Sa recommandation : porter plainte et signaler sur PHAROS plutôt que de payer.
Douze signaux d’alerte
Un seul de ces signaux ne prouve rien ; deux ou trois ensemble doivent vous faire reculer.
| N° | Signal d’alerte | Pourquoi c’est suspect |
|---|---|---|
| 1 | Prix très bas par rapport au marché | Un chiot de race issu d’un vrai élevage coûte le prix de ses tests, de ses soins et de ses papiers |
| 2 | Aucun SIREN ni aucun numéro de puce dans l’annonce | Les mentions sont obligatoires pour les annonces de cession |
| 3 | Impossible de venir voir ou de faire une visio en direct | Le vendeur ne peut pas montrer ce qui n’existe pas |
| 4 | Paiement par mandat cash, cartes prépayées ou cryptomonnaie | Des modes de paiement qui ne se remboursent pas, privilégiés par les escrocs |
| 5 | Acompte demandé tout de suite, avec une urgence | La pression sert à vous empêcher de vérifier |
| 6 | Photos trouvées ailleurs sur internet | Photos volées : une recherche d’image inversée le révèle |
| 7 | Un « transporteur » ou un service de livraison imposé | L’envoi postal d’animaux vivants est interdit ; le transporteur est souvent fictif |
| 8 | Frais supplémentaires qui s’ajoutent (cage, assurance, douane) | Chaque paiement entraîne la demande du suivant |
| 9 | Aucun appel téléphonique, seulement des messageries | Un vendeur qui évite la voix évite d’être identifié |
| 10 | Chiot de moins de huit semaines déjà « disponible » | La cession avant huit semaines est interdite |
| 11 | Tout est « de race » sans pedigree ni précision LOF | « De race » suppose une inscription à un livre généalogique |
| 12 | Des dizaines de races proposées en même temps, toutes disponibles tout de suite | Aucun élevage ne peut suivre autant de races à la fois : c’est le profil d’un revendeur ou d’un faux vendeur |
Ce qu’une annonce honnête doit afficher
La réglementation française impose des mentions précises sur les annonces de cession de chiens, qu’elles soient payantes ou gratuites. D’après la fiche du ministère de l’Agriculture et les chartes signées avec les plateformes, on doit y retrouver :

- le numéro SIREN du vendeur, ou, dans le cas particulier d’un particulier qui ne vend qu’une portée par an de chiots inscrits au LOF, la mention de sa qualité de particulier et le numéro de portée ;
- l’âge des chiots ;
- le numéro d’identification (la puce) de la mère ou des chiots ;
- l’inscription ou non au livre généalogique : on ne parle de « race » que si les chiots sont inscrits à un livre des origines, sinon l’annonce doit écrire qu’ils n’appartiennent pas à une race ou qu’ils sont d’apparence de telle race ;
- le nombre de chiots de la portée.
Autre règle utile : on ne peut céder un chiot qu’à partir de huit semaines révolues, et l’envoi postal d’animaux vivants est interdit, de même que la cession en ligne en dehors des rubriques dédiées. Vous trouverez les références dans l’article L. 214-8 du Code rural. La liste complète des papiers à recevoir est dans l’article documents obligatoires à l’achat d’un chiot.
Vérifier un SIREN et un numéro de puce
Un SIREN est un numéro de 9 chiffres que l’on vérifie en trente secondes sur l’Annuaire des entreprises, le service public gratuit de l’État. Tapez le numéro ou le nom : la fiche indique le dirigeant, l’activité, l’adresse et si l’entreprise est en activité. Comparez avec ce que dit le vendeur : même nom, même commune, activité cohérente. Un numéro qui n’existe pas ou appartient à autre chose est un signal net.
Pour la puce électronique, demandez le numéro d’identification de la mère et celui des chiots. Vous n’avez pas besoin de le « décoder » vous-même : l’essentiel est que le vendeur puisse vous le donner sans hésiter et qu’il soit cohérent avec le certificat vétérinaire et la carte d’identification qu’il vous remettra.
Recherche d’image inversée : le test des photos
Enregistrez une ou deux photos de l’annonce et déposez-les dans un moteur de recherche d’image inversée (le service « Images » de Google, ou un outil comme TinEye). Si les mêmes images apparaissent sur d’autres sites, sous d’autres noms, d’autres villes ou d’autres prix, vous avez trouvé un montage. Méfiez-vous aussi des images trop parfaites, des décors qui ne correspondent à aucun lieu réel, des chiots photographiés toujours sous le même angle, sans un détail de vie (un jouet d’enfant, un coin de jardin, une main).
La visite ou la visioconférence : l’épreuve décisive
Rien ne remplace de voir les chiots avec leur mère, et l’endroit où ils vivent. Une visite montre les conditions réelles : propreté, calme, état de la mère. Si la distance est trop grande, exigez une visio en direct, pendant laquelle le vendeur vous montre la mère, la portée, la maison, et répond à vos questions. Les escrocs trouvent toujours une excuse : connexion mauvaise, déplacement, « maintenant ce n’est pas possible ».
Si vous êtes victime
Gardez les captures d’écran de l’annonce, les messages, les numéros, les preuves de paiement. Contactez votre banque tout de suite. Selon la situation, vous pouvez déposer une plainte en ligne par le téléservice THESEE (pour une escroquerie à la petite annonce où vous n’avez jamais rencontré le vendeur) ou vous rendre au commissariat ou à la gendarmerie. Vous pouvez aussi utiliser SignalConso pour un vendeur identifiable et signaler le contenu sur PHAROS. Ces démarches ne garantissent pas de retrouver votre argent, mais elles aident les enquêteurs et protègent les suivants.
Comment nous travaillons, pour que vous puissiez vérifier

Nous préférons être transparents : notre numéro SIREN (532 846 144) est affiché sur ce site, vous pouvez le contrôler vous-même. Les chiots grandissent chez nous, à Plouisy, près de Guingamp ; vous pouvez venir les voir sur rendez-vous avant de décider, et nous commençons toujours par un échange téléphonique. Les chiots partent à partir de huit semaines, identifiés par puce, avec carnet de santé et certificat vétérinaire ; le détail est sur la page conditions d’adoption. Si une information vous semble incohérente, dites-le-nous : nous préférons une question de trop à un doute qui s’installe. Pour savoir ce qu’il faut chercher chez n’importe quel éleveur, relisez aussi l’article comment trouver un bon éleveur.
Sources : Douane française (alerte du 27 août 2025) ; justice.fr (fiche THESEE) ; annuaire-entreprises.data.gouv.fr ; Code rural, article L. 214-8 (Légifrance) ; ministère de l’Agriculture (mentions des annonces) ; charte Ordre des vétérinaires – Leboncoin (décembre 2020).
